Le slow food : retrouver le goût des aliments

Le goût du pain

Le slow food : un mouvement contre la malbouffe et pour réveiller nos sens gustatifs. Un plaidoyer pour que l'homme produise un aliment bon, juste et propre et retrouve le goût du pain, du jambon et de la pomme.

Article rédigé par Jean Kircher
Slow Baker - 24 juin 2008

L’ère du fast food

Nous vivons dans un monde bien étrange. Jamais le niveau de vie n’a été aussi élevé et jamais l’opulence aussi grande. Nous avons tout et en quantités illimitées. Nous sommes informés et instruit mieux que jamais. Tout se sait, tout se voit, tout se publie. Nous banalisons à force de facilité et d’évidence, et le confort est devenu tellement quotidien que nous en oublions le bon sens et la logique : c’est un acquis, un point c’est tout !

En matière d’alimentation nous ne raisonnons plus et les doses massives de sucre, de gras, de sel et de chimie sont quotidiennes. L’aliment a perdu sa place d’élément de vie et est devenu fast food », pratique, bien emballé, de longue conservation, facile à mettre en oeuvre. Il ne correspond plus aux 3 règles fondamentales qui définissent un bon aliment : bon, juste et propre.

Un aliment est bon s’il éveille nos sens gustatifs et olfactifs

Un aliment ne doit pas simplement exciter nos papilles par du sucré ou de l’acide, mais doit faire appel à notre intelligence sensorielle. Un jambon ne doit pas seulement avoir un goût de fumé mais doit également dégager des saveurs de beurre, de noisette et..... de jambon.

Un pain ne doit pas simplement être moelleux, de mie biscuitée, à croûte fine mais doit avoir une bonne mâche, une croustillance agréable, des saveurs de caramel, de miel et.....de pain.

Une pomme ne doit pas se contenter d’être belle, ronde et régulière mais doit aussi croquer sous la dent, fondre en sucres naturels dans la bouche et retrouver ses saveurs de plaine ou de montagne, de fleurs ou de champs.

Bref, un aliment doit être synonyme de plaisir en bouche et pas simplement servir à se remplir.
Pour ce faire, il faut lui consacrer le temps nécessaire à le mâcher pour lui donner une chance d’être reconnu et mémorisé par nos papilles. Cela est l’opposé du sucré-salé-glacé de nos aliments modernes qui tels des bulldozers passent en force en laissant un vague souvenir d’aliment mais provoquent un énorme choc dans nos bouches puis dans nos estomacs.

Un aliment est juste s’il reste la production de l’homme et non des robots

Le cochon, au lieu d’être élevé dans des goulags automatisés pour arriver à 100 kilos en 100 jours pourrait redécouvrir les joies de la paille et de la pâture et en poussant moins vite, pourrait ainsi redonner des jambons ayant du goût, des côtelettes qui ne pissent plus de l’eau à la cuisson et du lard au goût de noisette.

Le pain, au lieu d’être produit sur des lignes automatisées avec des pâtes sous-hydratées issues de farines corrigées aux enzymes et aux émulsifiants, pourrait être refait par la main de l’homme qui pétrit, qui façonne et qui cuit en respectant les règles du temps et de la fermentation.

Les pommes, au lieu d’être traitées 15 à 25 fois à coup d’insecticides et de pesticides et d’être sélectionnées par des instituts dont le seul but est la recherche de rendement et de standardisation de supermarché, pourraient être diversifiées sur le plan variétal et produites selon des normes à l’échelle humaine.

Un aliment est propre s’il est naturel et naturellement bon

De nos jours, les aliments sont tellement aseptisés, stérilisés et pasteurisés qu’ils en ont perdu le goût et la saveur. A force d’émulsifiants, de texturants, de conservateurs, d’acidifiants, d’exhausteurs de goût et autres colorants, l’industrie alimentaire a complètement détourné la définition du bon.

Les éléments qui comptent maintenant sont la sécurité alimentaire, la traçabilité, la durée limite de consommation et les nouvelles normes satisfont surtout les distributeurs au détriment des producteurs. Par conséquent, les producteurs... produisent du prêt-à-l’emploi, du longue durée et de l’aseptisé. Cela se traduit par une consommation de 5 à 6 kilos de produits chimiques purs par an, contenus dans nos aliments. Les quantités consommées de gluten, d’aspartame, de glutamate, de vanilline de synthèse, d’émulsifiants, de colorants, de sucre et de sel sont impressionnantes. L’industrie agro-alimentaire est devenue le meilleur débouché commercial de l’industrie chimique.


Et par conséquent, le jambon, le pain et la pomme ne peuvent plus être propres.

Le slow food : pour un aliment bon, juste et propre

Un aliment bon, juste et propre : voilà ce que le mouvement Slow Food essaye de promouvoir. Un produit bon à manger, propre dans sa composition et élaboré de façon juste.

Sans vouloir imposer un impossible retour en arrière, Slow Food favorise ce que l’homme a fait de mieux depuis qu’il existe : une alimentation saine. Non seulement l’homme est ce qu’il mange mais aussi, l’aliment est sa première médecine. A force de mal se nourrir, il finira par être malade car le corps n’est pas programmé pour résister à la chimie. Longtemps il saura composer avec tous ces ersatz mais finira par succomber aux nouvelles maladies que sont Alzheimer, sclérose en plaques, diabète, cancers...

Le slow food : un mouvement contre la malbouffe

Slow Food est un mouvement universel né en Italie sous la houlette de son président Carlo Petrini. Il est organisé en convivium regroupant plus de 85 000 membres dans environ 130 pays qui valorisent une alimentation bonne, juste et propre. Les activités de l’association visent à sauvegarder la biodiversité de notre alimentation, à diffuser l’éducation au goût et à relier les producteurs d’aliments et les consommateurs à travers des évènements divers.

Slow Food, c’est une université du goût, des salons du goût à Turin, Stuttgart, Montpellier, des rencontres en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe, des filières « Terra Madre » et « l’Arche du goût » basées sur le commerce équitable et la recherche de variétés ou de races anciennes.

Slow Food, c’est l’intelligence contre la standardisation, c’est le goût contre la malbouffe, c’est l’homme contre la machine et c’est surtout le plaisir contre la monotonie.

Jean Kircher / Slow Baker - Slow-food - Pains-tradition

Meunier-boulanger de père en fils depuis 1640. Installé comme boulanger à Aubange en Belgique et à Longwy en France. Travaille dans la filière blé-farine-améliorants-pains depuis 30 ans et lutte sans relâche pour le retour à la vraie tradition du pain.

Ma devise: le goût...c'est tout....
Ma conviction: la chimie n'a rien à faire dans notre alimentation.

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